Crackers & Economie

 

par florence guernalec

La vente de 150 Airbus A-320 à la Chine
Le cadeau bonus de l'Europe
publiÉ le 11 dECEMBRE 2005
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Il est de bon ton en France de faire des grands sourires aux Chinois, surtout quand le Premier ministre Wen Jiabao a le bon goût de faire ses emplettes chez nous. Parmi les nombreux contrats signés avec Pékin, la vente de 150 Airbus A-320 à un prix catalogue total de 8,22 milliards d'euros aura fait l'événement. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles si EADS n'avait pas en même temps accepté la construction d'une usine d'assemblage en Chine synonyme de transferts de technologie. Ce que les autorités américaines ont toujours interdit à Boeing, l'Europe l'a fait. EADS n'avait pourtant nul besoin de donner gratuitement sa technologie aux Chinois pour vendre ses Airbus dès lors que son principal concurrent, vend aussi des avions à Pékin tout en gardant jalousement ses secrets de fabrication. L'Europe est aveuglée par les perspectives de ce marché où les besoins sont évalués à 2700 appareils d'ici à 2025. Dans un des rares secteurs où l'Europe rivalise avec les Etats-Unis et possède une réelle avance technologique, EADS ne trouve rien de mieux que de brader son savoir-faire. D'ailleurs, Wen Jiabao a remué le couteau dans la plaie en insistant sur le fait qu'il ne s'agissait pas seulement d'acquisitions mais aussi d'une « coopération en termes de production et de recherche-développement ».

Décidément, l'Europe ne comprend rien au commerce et au libre-échange : au lieu de se contenter de vendre ses avions comme le font ses concurrents, elle livre en cadeau bonus, le mode d'emploi de sorte que les Chinois vont gagner pas mal de temps et vont économiser beaucoup d'argent pour mettre au point des avions qu'ils fabriqueront entièrement chez eux et pour moins cher ! Le libéralisme ne consiste pas à « se tirer une balle dans le pied » en donnant gratuitement à son futur concurrent ce qu'on a mis des années à acquérir, cela revient à un suicide programmé. Christian Harbulot, spécialiste en espionnage industriel et directeur de l'école de guerre économique, considère qu'il y a « une erreur d'évaluation de la part des Européens : ils pensent que leurs deux longueurs d'avance technologique sur la Chine sont inscrites dans l'Histoire. Et que, comme les Japonais avant eux, les Chinois mettront un siècle pour passer de la copie à l'innovation. C'est une erreur stratégique grave, qui tient surtout au fait qu'en Europe, contrairement aux Etats-Unis et à la Chine, nous n'avons pas de pilotage politique sur l'économie, pas de stratégie commune pour préserver notre compétitivité, et en définitive aucune marge de manoeuvre » (Le Parisien du 6 décembre). Par sa politique commerciale de courte vue, l'Europe va elle-même couler son industrie aéronautique... et celle de Boeing. Maigre consolation !

florence guernalec

 

 

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