Crackers & Politique

 

par florence guernalec

Licenciements chez Hewlett-Packard France
Quand l’Etat confond les rôles
publiÉ le 21 septembre 2005
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Le Président de la République a demandé au gouvernement de saisir la Commission européenne, le ministre délégué à l’emploi Gérard Larcher a convoqué le PDG de Hewlett-Packard France, le maire PS de Grenoble s’est rendu aux Etats-Unis pour discuter avec l’Etat-major du groupe électronique. Les pouvoirs publics ont décrété la mobilisation générale pour sauver les 1240 emplois menacés chez HP France et notamment à Grenoble. L’entreprise américaine a fait des bénéfices en 2004 et le Conseil général de l'Isère a dépensé 1,2 million d’euros pour son installation dans le département. Néanmoins, il est un peu incongru de voir l’Etat français interférer dans la vie de cette entreprise privée d’autant que les actions déployées par les plus hautes instances de l’Etat contre les plans sociaux, s'avèrent en général contreproductives.

La pression des élus sur la direction de Hewlett-Packard sera peut-être payante à court terme mais cet interventionnisme intempestif risque de se retourner contre l’emploi dans l’hexagone : en effet, quelle entreprise étrangère voudra à l'avenir s’installer en France si elle n’a pas la liberté de gérer ses effectifs comme elle l’entend et si elle est sommée de s’expliquer au Ministère de l’emploi à chaque fois qu’elle décide un plan de licenciement ? L’attractivité de la France va perdre encore quelques points, et ce ne sont pas 1240 emplois qui seront menacés mais des dizaines de milliers qui ne seront jamais créés en France mais ailleurs en Europe dans des pays où l’Etat ne met pas son nez dans les bilans des entreprises et n’a pas la prétention de gérer leurs ressources humaines...

De plus, l’Etat a pris la mauvaise habitude de ne défendre que les salariés de multinationales : les hommes politiques ne se rendent apparemment pas compte qu’il est indécent de s’indigner quand des groupes annoncent des plans sociaux et d’ignorer dans le même temps les PME qui licencient tout autant sinon davantage que les multinationales. Car les personnes qui travaillent dans ces petites entreprises, sont aussi méritantes que les employés de Hewlett-Packard mais ni les médias, ni les pouvoirs publics ne s’intéressent à leur sort. L’Etat cède à la pression des salariés et des organisations syndicales qui ont compris que ce sont ceux qui crient le plus fort, qui ont le plus de chance d’obtenir satisfaction. Les hommes politiques finissent ainsi par faire de l’humanitaire à la petite semaine. Or il ne sert à rien de déployer un cordon sanitaire pour protéger les salariés de leurs patrons quand ce sont les politiques macroéconomiques qui ont conduit à un chômage de masse structurel et ont contribué à faire de tout licenciement, un événement dramatique. HP n'est pour rien dans cette « exception culturelle » française.

Enfin et surtout, les hommes politiques risquent de donner de faux espoirs aux employés de HP France en prenant part au conflit qui les oppose à leur direction car l’Etat employeur ne s’applique même pas à lui-même les règles qu’il exige des autres entreprises : ainsi, en 1997, Renault, entreprise française dont l’Etat est le premier actionnaire à cette époque avec 46% du capital, fait des bénéfices, elle décide pourtant de fermer son usine de Vilvorde en Belgique. Les salariés pressent le gouvernement Juppé d’intervenir auprès de la direction de Renault. Lionel Jospin déclare que s’il était Premier ministre, jamais Renault Vilvorde ne fermerait. Quelques mois plus tard, celui-ci est nommé à Matignon et l’usine belge cesse toutes ses activités… Dans un moment de vérité, Lionel jospin avait même fini par avouer que « L’Etat ne peut pas tout faire » en réponse aux licenciements chez Michelin en 1999. Même l’Europe des 25 n’a pas le pouvoir d’empêcher une entreprise de licencier : le 21 septembre dernier, le Président de la Commission, José Manuel Barroso, a ainsi répondu clairement à un Jacques Chirac qui souhaitait que le plan de licenciement de Hewlett-Packard prévu dans plusieurs pays d'Europe, soit examiné par les Etats membres.

Dans une société moderne, il revient aux représentants du personnel de défendre les intérêts des salariés et non à l’Etat. Les syndicats sont mieux placés que les pouvoirs publics pour discuter avec la direction de Hewlett-Packard car ils connaissent le groupe, ses produits, son marché, ses métiers... Il revient donc aux syndicats de convaincre le PDG de HP de revenir sur son plan de licenciement, ou sinon de négocier les départs volontaires, les reclassements dans le groupe, les indemnités de licenciement et de prévoir un accompagnement individualisé des personnes licenciées.
L’Etat outrepasse son rôle à chaque fois qu’il s’immisce dans les affaires d’une entreprise privée. Et les hommes politiques trompent les Français en leur faisant croire qu’ils ont le pouvoir d’agir contre les plans sociaux.

florence guernalec


 

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