Un changement de Premier ministre et de gouvernement semble acquis en cas de victoire du non au référendum comme en cas de victoire du oui car si victoire il y a, elle sera fort étriquée. Quoi qu’il arrive le soir du 29 mai, le gouvernement en sortira fragilisé, sa légitimité sera écornée. D’où la nécessité d’une nouvelle impulsion à deux ans de la prochaine élection présidentielle. Certes. Mais fallait-il attendre le référendum et un énième résultat semble-t-il catastrophique pour l’actuel exécutif ? Non. Le changement aurait dû intervenir bien avant. Très probablement au lendemain de la déroute aux élections régionales. Certes, il n’y aucun lien entre des élections législatives et régionales. Les enjeux et les thèmes de campagne n’ont rien en commun. Cependant, il arrive un moment où il faut s’interroger sur les raisons de ces fiascos électoraux en série. Car tout le problème est là. Depuis la réélection à l’Elysée de Jacques Chirac, la droite encaisse défaite sur défaite et emporte haut la main la cuillère de bois en Europe ! Si le gouvernement avait enregistré une défaite isolée, sa pérennité irait de soi. Mais là, les faits sont têtus. C’est pourquoi, au lendemain des élections régionales (et européennes), Jacques Chirac et son gouvernement auraient dû avoir le courage de tirer les leçons de ces gifles électorales et en particulier s’interroger sur la pertinence d’une politique qui a mené l’actuel gouvernement droit dans le mur.
Une fois de plus, il est à déplorer que l’exemple et la maturité politique nous viennent de l’étranger. De l’Allemagne en l’occurrence, avec Gerhard Schröder qui a décidé d’avancer les élections générales après la cinglante défaite de son parti dans le Land le plus peuplé. Le Chancelier allemand a compris qu’il arrive un moment où la politique de l’autruche ne fonctionne plus. Se montrer sourd aux contestations sociales devient impossible et mène à une impasse. Le Chancelier allemand a compris que le rôle du politique est de prévenir toute dégradation du climat social avant que la situation ne dérape dangereusement avec des répercussions encore plus dramatiques. En effet, se montrer indifférent aux appels répétés du peuple, peut conduire ce dernier à l’exaspération. Et de l’exaspération à la violence, qu’elle s’exprime dans la rue ou dans les urnes (en votant par exemple pour les extrêmes), il n’y a très souvent qu’un pas. Un pas que vont franchir les Français en votant non au référendum. Jacques Chirac, par son immobilisme, va donc provoquer une seconde onde de choc en l’espace de trois ans ! La première étant celle du 21 avril 2002 ! Par son immobilisme et la vacuité de son action politique, Jacques Chirac est le premier responsable d’un non au référendum. Mais Jacques Chirac reste imperturbable, de marbre, accroché coûte que coûte à la barre élyséenne même s’il heurte icebergs sur icebergs. Même au prix d’une « France qui tombe » pas à pas dans le marasme économique et la paupérisation.
Un changement de Premier ministre est indispensable au lendemain du référendum mais insuffisant. Car il ne changera rien au divorce, quasi consommé, entre le pays réel et le pays légal. La France a impérieusement besoin d’élections présidentielles anticipées. Le Président ne peut plus reporter la responsabilité de l’échec des politiques nationales sur le chef du gouvernement. Le temps du « Premier ministre fusible » doit cesser. Il est temps d’avoir à nouveau un Président pleinement responsable de la politique pour laquelle il a été élu. Un chef de l’Etat comptable de son bilan. Cette crise oblige la France à une réflexion sur les institutions de la Ve République, en particulier sur son exécutif à deux têtes. Au regard de ces vingt dernières années, le poste de Premier ministre n’apparaît pas indispensable dès lors que sa fonction consiste avant tout à protéger le Président : en effet, c’est le chef du gouvernement qui en cas de secousses sociales, de crise, se retrouve toujours en première ligne. Et le Président ? Il est bien à l’arrière, aucune « balle » sociale ne l’atteint grâce à son garde du corps, le chef du gouvernement. C’est bien de s’occuper de politique internationale et d’en faire son domaine d’intervention réservé mais cela n’est pas suffisant quand le pays dont on a la responsabilité, présente un état de santé alarmant. Le Président doit en permanence s’impliquer dans les affaires de la France et non sporadiquement comme a semblé le faire Jacques Chirac.
Y-aurait-il une tête de trop à l’exécutif ? Oui, sans aucun doute. Les institutions françaises doivent subir un « lifting » au regard des évolutions de la société et de l’environnement européen et international. L’exécutif à deux têtes a vécu. Il est inefficace comme l’ont prouvé les cohabitations qui ont neutralisé l’action politique, et nuisible aux intérêts de la nation. Il faut se saisir de cette nouvelle crise ouverte pour avoir le courage d’aborder de front, des sujets jusqu’à présent éludés et pourtant cruciaux. Le non risque d’être tout simplement la facture à payer pour l’incapacité et l’incompétence de notre classe politique à gérer efficacement la France au cours de ses vingt dernières années. Avec ce non, c’est indiscutablement un cycle politique de trente ans qui s’achève. Et la carrière politique d’un de ceux qui l’incarne le mieux : Jacques Chirac. Si comme l’a affirmé Jean-Pierre Raffarin ce vote est « historique », alors dans ce cas, on en attend pas moins du plus haut sommet de l’Etat, une attitude « historique ». En d’autres termes, une démission. Et quelque soit le résultat. Car ce non est le miroir du désarroi des Français. Il n’est pas à condamner comme le font les partisans du oui mais plutôt à comprendre. Le « club » France sort très affaibli de cette campagne. Une remise sur pieds et une re-motivation du pays passent absolument par un changement d’entraîneur mais surtout de Président !
stÉphane rossard