Nous sommes désormais 450 millions ! L’élargissement aux ex-pays de l’est - Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie - a été salué comme la « réunification de l’Europe ». L’entrée de dix nouveaux pays dans l’Union européenne (UE) le 1 er mai dernier consacre le succès de la construction européenne même si beaucoup reste à faire pour que le modèle européen soit parachevé.
Sur l’élargissement
Les demandes d’adhésion continuent d’affluer - la Roumanie, la Bulgarie, la Croatie et la Turquie sont d’ores et déjà candidats à l’entrée dans l’UE. Mais quid de l’Albanie par exemple ? Cette République démocratique se trouve géographiquement en Europe, son économie est fortement liée aux pays membres de l’Union puisque 75% de ses importations proviennent du continent et l’UE aide déjà le pays à hauteur de 40 à 50 millions d’Euros par an selon Faits et Projets magazine (numéro de mai-juin 2003). Même si l’Albanie affiche aujourd’hui des taux de croissance moyens de 5% par an, ce pays reste à la traîne des pays européens avec un PIB par habitant de 1340 $. L’UE ne peut laisser ce pays de 3,5 millions d’habitants en dehors de la construction européenne et doit accompagner plus fortement son développement.
De même, l’Union Européenne ne peut décemment accueillir les Etats baltes et ne pas intégrer les ex-républiques soviétiques et la Russie ; elle ne peut accepter l’adhésion de Chypre et de Malte, et exclure les pays du bassin méditerranéen. L’Europe ne peut se replier sur elle-même dans une sorte de club très privé, elle doit au contraire peser de tout son poids pour réduire la fracture économique et sociale entre le Nord et le Sud : elle doit ainsi partager ses richesses avec l’Amérique latine avec qui elle a des liens historiques à travers l’Espagne et le Portugal. La France et la Grande-Bretagne ont également une responsabilité particulière en Afrique noire. L’UE doit aussi se rapprocher de la Chine, pays avec qui elle a une longue relation commerciale qui remonte à la route de la soie mais elle doit aussi envisager des partenariats avec l’Inde, Madagascar, Cuba et la République dominicaine. Des accords commerciaux doivent également être signés avec le Japon. Enfin, pour parachever cette grande Europe, l’UE doit intégrer au plus vite l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada qui ont des liens culturels et historiques avec l’Europe via la Grande-Bretagne et la France.
Sur l’Europe sociale
De nombreux Français s’inquiètent des risques de délocalisation dans les pays de l’Union et des tentations de dumping social pour conserver en France, les emplois les moins qualifiés. Le Parti socialiste propose depuis plusieurs années d’imposer dans l’UE, un salaire minimum et lie aujourd’hui cette revendication à une réduction du temps de travail. Ces mesures pourraient s’appliquer à la fabrication des jouets de Noël et des ballons de football de la Coupe du monde au nom d’un label éthique à mettre en place et que l’on imposerait en Europe et surtout en Asie mais il s’agirait d’exclure le textile et les produits électroniques tels que le home-cinéma et l’informatique. Il faudrait aussi bloquer les loyers pour une période transitoire de 15 ans sur le modèle de la loi de 48 avec des aménagements pour les propriétaires d’appartements à Paris et Londres. Cette mesure simple associée à une politique volontariste de réquisition des logements vacants déjà prévue dans la loi française, permettrait de résoudre la crise du logement.
Sur la Politique agricole commune
Les agriculteurs français craignent que la réforme de la PAC aggrave leur situation économique et que les subventions bénéficient en priorité aux nouveaux entrants. Il est essentiel que l’UE consacre une part plus importante encore du budget européen à l’agriculture et soutienne les cours de la tomate et du chou-fleur breton, il faut également généraliser la politique des quotas afin de réduire la surproduction et subventionner davantage les agriculteurs qui produisent moins. Enfin, il faut réglementer plus sévèrement la fabrication du Roquefort et de tous ces fromages de fabrication artisanale au nom de la sécurité alimentaire.
Sur la politique économique
Le différentiel de croissance persistant entre la zone euro et les Etats-Unis est un sujet de préoccupation majeur pour les dirigeants européens. Pour analyser les causes structurelles de son retard économique sur l’Amérique, l’UE doit doubler le nombre de fonctionnaires à Bruxelles et notamment le nombre de spécialistes et d’experts qui produiront davantage d’études et de rapports : il s’agirait de proposer rapidement de nouvelles réglementations qui protègeront l’économie européenne de la mondialisation néo-libérale.
Sur la politique monétaire
Plusieurs économistes et ministres de l’Economie s’interrogent sur l’opportunité d’un « euro fort » par rapport au dollar. Ces doutes sont infondés, Jean-Claude Trichet qui fut longtemps gouverneur de la Banque de France, a pu expérimenter tous les avantages d’une telle politique. En effet, une monnaie forte associée à des taux d’intérêt élevés et une inflation maîtrisée, sont la garantie que l’Euro sera un jour une valeur refuge et donc que l’UE sera la première puissance économique du monde.
Sur la politique de défense
Tony Blair, Gerhard Schröder et Jacques Chirac sont tombés d’accord sur la nécessité de mettre sur pied une armée européenne afin de ne plus dépendre de l’OTAN et de la puissance militaire américaine. Cette armée devra dans un premier temps, participer à des opérations de maintien de la paix en Irak, en Haïti, en Tchétchénie et au Soudan, mais aussi au défilé du 14 juillet sur les Champs-Elysées. Elle doit comprendre au plus vite une division serbo-croate sous commandement bosniaque au sein de la Politique Européenne de Sécurité et Défense afin de réunir des peuples autrefois ennemis qui aspirent à entrer dans l’UE. Enfin, dans un geste fort de bonne volonté à l’égard des Etats-Unis, l’UE devra à terme proposer à l’Amérique de garantir sa sécurité en profitant du parapluie nucléaire européen.
Sur la Recherche
Tous les pays de l’Union européenne sont confrontés à une fuite des cerveaux vers les Etats-Unis qui est préjudiciable à la qualité de la Recherche et se traduit par un nombre faible de brevets déposés. Pour enrayer cette hémorragie, les pays européens doivent de toute urgence voter une directive qui oblige tout chercheur formé dans l’Union européenne à travailler 25 ans dans des laboratoires européens avec interdiction de sortie des frontières de l’UE.
Sur la réforme des institutions
La majorité des citoyens a encore le sentiment qu’elle n’est pas partie prenante de la construction européenne malgré l’élection des députés européen au suffrage universel. Pour combler son déficit démocratique, l’UE devra organiser régulièrement des référendums consultatifs qui permettront aux chefs d’Etat et de gouvernement de n’en tenir compte que si les résultats leur conviennent, ce qui représenterait une grande avancée par rapport à la situation actuelle où les décisions majeures sont prises sans consultation des électeurs.
Afin que l’UE parle d’une seule voix dans les instance mondiales, il est essentiel que l’Europe se dote d’un Président européen, son nom devra être proposé par la France à ses partenaires : en tant qu’auteur de la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen qui a inspiré les peuples du monde entier, notre pays a entière autorité pour désigner la personnalité la plus représentative des valeurs européennes.
Sur la diplomatie
Une fois que l’Europe aura intégré une vingtaine de nouveaux pays et conclu des partenariats commerciaux et culturels avec tous les autres en attendant leur adhésion future, il sera plus facile à L’Europe-puissance d’imposer son modèle politique, économique et social. Et ses valeurs de liberté, de tolérance et de respect des peuples et des cultures, seront la meilleure garantie d’une entente cordiale entre les nations.
Il ne manquera alors à l’UE qu’une devise symbolisant l’âme européenne : celle qui paraît s’imposer en France est « Paix et prospérité assurées ». Nos partenaires pourraient lui préférer « Paix et félicité » associé au « V » de la victoire comme nouvelle forme de salut entre les citoyens européens qui ne forment désormais qu’un seul peuple, une seule nation…
florence guernalec