Crackers & Médias

 

par florence guernalec

Les difficultés de la presse écrite (1ere partie)
Une stratégie marketing

publiÉ le 29 avril 2004
.................................................................................

La presse donne souvent l'impression de « se tirer une balle dans le pied ». Pour compenser la baisse réelle ou attendue de la diffusion, les quotidiens croient avoir trouvé la recette miracle en lançant des journaux gratuits : Sud-Ouest, La Provence, Le Progrès de Lyon et La Voix du Nord ont déjà franchi le pas et les projets se multiplient. Le raisonnement des patrons de presse est simple : les recettes publicitaires engrangées par les gratuits permettront de faire vivre les payants. A la fin des années 90, ces mêmes éminences grises ont investi des sommes considérables pour créer des sites web qui permettent à tout internaute de lire l'édition du jour sans rien débourser ! La presse faisait déjà du gratuit avant l'heure sans augmenter ses recettes. De leur côté, les payants ont riposté et ont cherché à « limiter la casse » en créant des suppléments magazines comme Le Monde 2 qui ne sont en réalité que des pièges à pub et qui n'ont absolument pas pour vocation de gagner des lecteurs par une information plus riche et plus complète. D'autres journaux ont choisi la formule cadeau Bonux : le DVD devient le produit d'appel pour augmenter artificiellement la diffusion. Après un premier essai fructueux au début de l'année, le Figaro Magazine a décidé de renouveler l'expérience et L'Express vient de lui emboîter le pas. L'arrivée de Métro et de 20 minutes dans le paysage des médias n'a pas eu l'effet salvateur escompté puisque que ces journaux  n'ont pas contraint la presse payante à se remettre en question, au contraire, puisque les patrons de presse ont renforcé le poids des équipes commerciales et des stratégies marketing au détriment des rédactions et de la ligne éditoriale. Or sans contenu de qualité, pas de lecteurs et sans lecteurs pas de publicité... 

Un défaut d'explications

Les patrons de presse continuent à faire comme s'ils pouvaient concurrencer la radio et la télévision, ils continuent à faire comme si plusieurs chaînes d'information en continu - LCI et i>Télé - n'existaient pas et comme si Internet n'était pas devenu un canal d'information à travers des sites comme Yahoo ! Actualités qui reprennent les dépêches d'agences. Ainsi, la presse écrite continue de nous rapporter ce que nous avons déjà appris par les autres médias plusieurs heures auparavant. Or le lecteur n'achète pas un quotidien pour apprendre ce qui s'est passé la veille mais pour comprendre les enjeux et les implications des événements récents. Au lieu de cela, la presse singe la télévision : le traitement de l'information ne dépasse plus le stade de l'anecdote, les journalistes privilégient les micro-trottoirs, le vécu et l'émotion au détriment de l'analyse et de la réflexion. Les médias ne montrent qu'une toute petite partie des faits au lieu de faire un plan d'ensemble de tous les acteurs et circonstances de l'événement. Or toute information qui n'est pas replacée dans son contexte, est non seulement incompréhensible mais trompeuse. Au final, seules les pages débats des quotidiens sont intéressantes car elles prennent un peu de hauteur sur un événement et donnent des explications sur les enjeux. Mais ces pages ne sont en général pas écrites par des journalistes mais par des spécialistes qui se donnent la peine de poser les problèmes et suscitent la réflexion du lecteur. Dans une société de surinformation, le lecteur a besoin plus que jamais d'une hiérarchisation des événements, et c'est au journaliste spécialisé de faire la part entre l'anecdote et le fait majeur pour dégager une synthèse. Ce n'est pas en cherchant à créer systématiquement un lien de proximité avec le lecteur, en réduisant la longueur des articles et en abaissant le niveau par des papiers « people » que la presse augmentera sa crédibilité, gagnera durablement des lecteurs et pourra créer un attachement à ces mêmes journaux. 

 
Un consensus mou


Les quotidiens et news magazines ont toujours vécu au rythme des soubresauts de la politique française. Aujourd'hui, les grand médias souffrent à l'évidence d'une absence de débats passionnés qui avaient contribué à attirer de nouveaux lecteurs au début des années 80 lorsque l'opposition Gauche-Droite était exacerbée. La presse symbolise l'esprit de la cohabitation qui flotte en France, elle se veut consensuelle et tiède à l'instar des partis de gouvernement. La presse d'opinion n'a plus cours en France car exprimer ses convictions, c'est déjà franchir la limite du supportable et du tolérable. Ainsi, la presse française veut faire croire qu'elle est objective alors qu'elle est orientée et mélange allègrement les faits et les commentaires. Le journaliste moderne se doit d'être insipide et propre sur lui, il en va de sa crédibilité et de sa carrière : il n'oublie jamais de resservir le couplet des droits de l'Homme, il défend sans conviction la liberté, l'égalité et la fraternité. Le centre - pourtant introuvable - est devenu le modèle absolu, symbole de l'homme mesuré, réfléchi, intelligent et cultivé. Ainsi, à l'instar de nos élites politiques, le journaliste médiocre est pour un peu de libéralisme mais pas trop, un peu de socialisme mais pas trop, un peu de sécurité mais pas trop, un peu de lois sociales démagogiques mais pas trop, un peu de privatisations mais pas trop, et il défend la liberté sexuelle et la libéralisation des drogues douces sauf pour ses enfants. Il n'y a guère que pour l'Europe que le journaliste médiocre s'enflamme et se montre encore plus qu'à son habitude dépourvu de tout esprit critique. Or personne en France ne vote pour le centre et la cohabitation entre la Gauche et la Droite tant louée dans de brillants éditoriaux s'est terminée par un 21 avril glaçant. Et pourtant, la presse aime croire qu'elle reflète ce que pensent les gens alors qu'elle ne fait qu'exprimer le mode de vie d'une minorité au pouvoir, une élite dont le journaliste, avide de reconnaissance sociale et de privilèges, pense être membre à part entière. Lire la suite >>>


florence guernalec

 

 

Pour ne manquer aucun article,
abonnez-vous à notre newsletter >>>

 


www.crackersandco.com
droits de reproduction et de diffusion réservés
©crackers & Co 2005

accueil
archiveS
contacts
newsletter